Mahmoud Safa Sonia Nigolian. 12/05/1987
UN HOMME PEUT EN CACHER UN AUTRE…LA DOUBLE VISION DES CHOSES DU PEINTRE MAHMOUD SAFA A la Galerie Tabbal. Il y a tout d’abord ces paysages, ces dunes silencieuses, ces landes sauvages comme liquéfiées, vagues, à force de se confondre avec la mer. Il y a des collines douces, des plaines immenses, estompées à force de se mêler avec le ciel. Il y a surtout dans les créations de Mahmoud Safa des compositions lyriques où l’espace pictural se divise en deux zones distinctes, racontant le Sud Liban, ses bergers, ses grèves infinies, mais aussi et surtout, la solitude de ses espèces de no man’s land où vient errer un chien famélique à la recherche d’une compagnie qui reste aléatoire. Et si quelques êtres hantent les lieux, c’est comme s’ils étaient égarés dans quelques espaces quasi lunaires, perdus dans l’immensité, pris dans deux mâchoires infinies, le ciel, la terre. Humbles personnages qui nous font sentir la précarité de l’existence face à l’univers démesuré. Des cieux bas, des blés qui brulent sous le soleil, Safa nous propose d’écouter chanter le vent du Sud, dans le doux pays qui est le sien. Des pastels tendres où l’artiste à force de caresser la matière du bout des doigts réussit à la polir, à estomper les contours enveloppant ainsi les sites représentés dans une espèce de brume ouatée irréelle. Certains tableaux vous font des clins d’œil, vous lancent vous invite, vous entrez et vous devenez leur prisonnier. Les tableaux parlent pour ceux qui savent regarder. Alors le voyage est à portée de regard. Peintre à la palette variée, la manipulation de la couleur n’a plus de secret pour le créateur. Mélange de bleus et jaunes, de rouges et verts, de gris ou gris violet subtils, Safa capte et prend en piège la vibrante essence des coloris. Le Sud encore et toujours, pour sa luminosité au lever du soleil, pour se promener solitaire et les montagnes enchantées par la lumière. Ce qui caractérise également c’est leur extrême dépouillement, puisque, reléguant aux antipodes du cérébral, les œuvres ressemblent plutôt à des poèmes si on ose la comparaison, ou à des compositions musicales chargées de tonalité, de sonorité de lumière, de fantaisie et de précision. De larges zones claires ou sombres travaillées en dégradées subtils, sans confusion aucune. Il ne reste plus que l’essence des choses, car l’essence évoque le souvenir, loin de tout artifice vous laisse libre d’errer à l’aventure, libre enfin d’imaginer. Immense sensibilité, tendresse et amours telles sont les dominants pastels proposés à notre regard. Eperdu, comme ivre dans son univers coloré, les micro-espaces visuels respirent la spiritualité, et si l’artiste est imprégné de formes, il est également imprégné de sensations, d’émotions accumulées par sa mémoire et notamment par sa mémoire affective. L’espace du dedans, l’espace de la rêverie, espace intérieur voila à véritablement les sources dans lesquelles l’artiste trempe son pinceau. Ce qu’il ya de plus fugitif, de plus flou, surtout les surfaces mouvantes, c’est précisément cela qu’il mémorise et brouille pour modeler des volumes trembles qui semblent flotter et qui nous échappent. Un monde diffus en harmonies impondérables. Mais il ya aussi l’autre facette de Safa. Un Safa plein d’humour qui « narre » son vécu, ses joies et ses angoisses à la manière d’un Candide traversant l’actualité. Usant de mixed-medias, le naïf se mêle à l’arabesque el l’actualité servant de toile de fond vous fait entrer de plein pied dans les souks, les ruelles d’Ain Mreisse ou dans des lieux où la femme saisit dans son intimité telle une odalisque attend. Offerte. Généreuse. Une sorte de chaos contrôlé, d’orgies disciplinée, une gaucherie presque voulue, mais avec le désir lucide de réunir dans un espace somme tout restreint des matériaux divers et une représentation d’objets les plus hétéroclites, où les plus usuels faisant évoluer des personnages dans ce décor saisissant de réalité. Et l’arabesque toujours présente semble diriger l’harmonie qu’elle rythme. Travailler avec candeur et fraicheur, le créateur livre « son journal intime »qui traite le quotidien avec dérision et humour. Mahmoud Safa se surprend encore à aimer et à ressentir cet appétit féroce, inassouvi et joyeux. Oui la vie continue terrible et merveilleuse. A la manière dirais-je des œuvres de Safa.
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